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Vendredi 20 samedi 21 novembre 2009

 

Colloque - La garde

 

Comme le dit Héraclite, ce sont les chiens qui aboient contre ceux qu’ils ne connaissent pas.

Tu sais sans doute que pour les chiens de bonne race, c’est là le caractère qu’ils possèdent naturellement : pour les gens de la maison et pour les connaissances, ils sont aussi doux que possible, alors que pour les inconnus, c’est tout le contraire.

L’humanité a perdu sa dignité, mais l’art l’a sauvegardée dans des pierres insignes ; la vérité se survit dans l’illusion, et à partir de l’ectype, l’archétype sera restauré.

De toutes parts, les poètes sont les gardiens de la nature. Là où ils ne peuvent plus l’être tout à fait, ils se produiront en tant que témoins et en tant que vengeurs de la nature.

Notre ancien mot wâr signifie la garde. Nous le trouvons encore dans wahrnehmen (percevoir, c’est-à-dire : prendre garde à…), dans gewahren (s’aviser à) et dans verwahren (garantir, sauvegarder). Cette garde est à penser comme l’hébergement (Bergen) éclaircissant et rassemblant.

Heidegger joue sur le radical wahrwardôn, skr. – vara –, français “gare”) que l’on retrouve dans warten, Wartung (cf. le français “garder”, “garde”) aussi bien que dans Wahrheit (“la vérité”) et de très nombreux dérivés (bewahren, “garder”, “préserver”, wahrnehmen, “percevoir”, verwahren, “garantir”, “sauvegarder”, bergen, “héberger”, die Wahrsage, “la divination”, die Wahrnis, “la protection”, etc.) Dans les conférences sur “L’origine de l’œuvre d’art” de 1936, le terme de “gardiens”, pour désigner le peuple qui préserve historialement les œuvres initiales de son destin, est à entendre à partir de cette sorte d’“étymologisme” qui n’est pas sans résonances directement politique et religieuse.